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« La lutte contre le covid sera féministe »

Avant d’accéder aux différentes salles de  » Féministe tu seras », trois flacons de gel hydroalcoolique sont à disposition. Parmi ces 3 flacons, le visiteur peut choisir de se désinfecter les mains avec le flacon dédié au support du féminisme. Pensée comme médiation sous la forme de sondage, cette introduction donne le ton de l’exposition .

L’exposition « féministe tu seras » a ouvert ces portes du 23 septembre au 29 novembre au Palau Robert à Barcelone. Au total il y a eu 35000 visites. 
C’est Natza Farré, la commissaire d’exposition qui a choisi de mettre en scène le sexisme en explicitant les violences physiques et psychologiques que subissent les femmes.

La commissaire a réussi à créer une visite participative et ludique durant laquelle le visiteur est plongé dans les situations sexistes qui touchent toutes les femmes. De nombreux aspects du mouvement féministe sont présentés. Il y a la question du viol, du plafond de verre, des jouets pour enfants… Les points de suspension s’imposent tant les femmes subissent dès leur naissance toutes sortes de discriminations.

 » Le mouvement féministe défend les droits des femmes et défendre les droits des femmes c’est, étrangement , défendre les droits de toute l’humanité » Natza Farré

L’exposition emploie un ton ironique rempli de couleurs et de stéréotypes sur ce que la société veut montrer des femmes. 
« Féministe tu seras » arbore dans chaque pièce des couleurs très signifiantes avec un visuel provocateur.

Le circuit de visite permet de se plonger dans différentes ambiances: La première salle nous fait ressentir une atmosphère étouffante avec une ambiance rose « too-much » soulignée par des néons éblouissants. La deuxième crée une ambiance plus oppressante et  la dernière salle mélange un environnement ambivalent à la fois glacial et porteur d’espoir 

Dans la première salle au ton rouge très accentué, le spectateur déambule entre les oeuvres indiquées par des néons aux messages provocateurs et sexistes. Par exemple  » Où vas tu habillée comme ça ? »

Chaque oeuvre évoque un sujet auquel les femmes sont confrontées.
La scénographie a choisi de représenter neuf réalités contemporaines: Par exemple, la différenciation des couleurs entre les filles et les garçons dans les catalogues de jouets pour enfants. Mais aussi la manière dont les femmes s’habillent, ou encore sur le tabou relatif aux menstruations. 

Ces thèmes contribuent à la création d’un sentiment de honte et d’un tabou autour du corps de la femme imposé par la société patriarcale.

C’est une exposition très moderne dont le parcours commence par une grosse pomme, représentation de celle du jardin d’Eden. Une construction biblique qui symbolise et construit le « premier sentiment » de honte et culpabilité chez la femme . « Eve » a donc laissé son empreinte sur la condition future de toutes les femmes, en principale coupable du péché originel.

La première salle à l’atmosphère « girly » oppressante se conclut par une compilation numérique de vidéos où des femmes sont hyper sexualisées par des hommes à la télévision. Ces extraits sont une compilation d’images récentes dans différents pays.

Le circuit continue et nous guide dans un couloir étouffant et austère. La muséographie a été pensée pour plonger le public dans la salle d’attente d’un commissariat de police avec l’objectif de créer un climat lugubre.

Cette salle d’attente symbolise la durée durant laquelle les femmes doivent patienter pour atteindre des objectifs égaux à ceux des hommes.

C’est par exemple le cas des longues luttes historiques qu’ont menées les femmes: Droit de vote, liberté de jouir de son corps… L’attente rappelle aussi la lenteur de la justice pour arriver à un jugement correct après un féminicide. Un temps d’attente forcée qui représente aussi le temps que prendra une femme pour s’occuper des taches ménagères journalières.
Ce couloir de l’attente parait interminable. 

«  Tu devras attendre 3 ans de plus qu’un homme pour un diagnostic correct d’une maladie chronique »

Phrase situé sur le panneau d’affiche de l’expostion.

La suite de l’exposition nous amène dans une pièce à l’environnement divisé en deux. Une première partie très anxiogène et triste. Puis une ambiance plus optimiste et positive.

« L’espoir est une action radicale »

Titre de la troisième salle.

Au début de l’exposition sont représentées les violences psychologiques causées par le machisme. Dans cette pièce aux couleurs d’un bleu froid, les violences physiques sont dépeintes. 

Le visiteur se promène entre des affiches immenses qui frappent le regard et intimident. Cela procure des sentiments différents mais tous négatifs et pesants: la colère, la tristesse, le déchirement, le dégout… Dans cette partie on découvre des chiffres et des faits relatifs aux féminicides, aux viols et agressions sexuelles. Des cas concrets sont exposés comme le drame de « la manada » durant les fêtes de Pampelune en Juillet 2016.

Tout au long de cette exposition, un énorme travail de dé-construction des différents a priori liés au sexisme est effectué. 

« Feministe tu seras » dénonce aussi les clichés que peuvent subir les femmes après une agression sexuelle. 

Pour cela, la médiation a mis en place des rouleaux portants des petits papiers sur lesquels les vérités sur le machisme sont rappelées . Par exemple, à l’affirmation: «  La plupart des dénonciations de violences machistes sont infondées. » la réponse fournie est : «  Les derniers chiffres annuels du procureur général de l’Etat confirme que seul 0,0083% des violences sexistes sont fausses » 

« Ni machisme ni feminisme » annoncent les néons accrochés au mur de cette dernière pièce. Le féminisme n’est pas comparable au machisme : le machisme perpétue la supériorité de l’homme, tandis que le féminisme lutte pour l’égalité entre les genres. Le féminisme ne tend à opprimer quelqu’un, bien au contraire. Enfin, les hommes profiteraient aussi d’un système égalitaire. 

L’exposition se termine sur des nouvelles réjouissantes concernant l’avancée de la lutte des mouvements féministes et des combats féministes : Le gouvernement écossais a rendu les protections hygiéniques gratuites ; le mouvement « Les Kellys » – un groupe de femmes de chambres espagnoles – ont su faire valoir leurs droits et obtenir la fin des abus dans leurs métier en passant de luttes individuelles à un à engagement collectif.

La première image symbolise le prix exorbitant( prix d’or) des protections hygiéniques . Le 8 mars est la journée des droits des femmes.

La médiation a été pensée autour d’aspects visuels frappants et évocateurs. Selon son parcours, le visiteur peut être interpelé de différentes manières.

Tout au long de la visite, on a le sentiment d’être plongé ( peu importe son genre) dans la peau d’une fille qui grandit et qui est confrontée à différents problèmes de discrimination au long de sa vie de femme. Des problèmes qui permettent d’immerger le public au coeur d’une problématique inacceptable aujourd’hui. Les sentiments se mélangent, l’injustice et l’oppression patriarcale sont envahissantes.

L’ immersion est possible grâce aux tons des murs, aux couleurs vives qui attirent le regard. Pour chaque installation, les descriptifs écrits illustrent les différents fléaux du sexisme.  

Cette exposition est accessible à tous les âges. Malheureusement, les personnes handicapées ou à mobilité réduite, les mal voyants ne peuvent s’y rendre car la médiation ne leur est pas adaptée. 

La mise en avant des nombreux actes que subissent les femmes au quotidien. Une médiation pensé autour des stéréotypes associées aux femmes : Le rose, c’est pour les filles ; tu ne seras pas patronne ; si tu t’habilles court c’est pour provoquer.

  Féministe tu seras » est une phrase évocatrice sur la situation actuelle. Au XXIème siècle le féminisme doit être une lutte collective. Personne ne peux refuser cette phrase impérative vue la prise de conscience actuelle.
Selon moi quand Natza Farré choisit de faire une métaphore entre le Covid-19 et le féminisme, c’est pour nous interpeller (et faire sourire) sur le fléau que cause le machisme et cette pandémie. De plus la lutte féministe ne doit pas être engloutie par la spirale médiatique autour du virus.
C’est une exposition qui cherche à créer le débat et à la libérer la parole. 

Antonia Velay

  • Commissaire d’exposition : Natza Farré
  • Sitographie :
  • http://palaurobert.gencat.cat/es/detall/noticia/Expo-feminisme
  • http://laculturasocial.es/feminista-tenias-que-ser-la-exposicion-del-palau-robert/
  • https://www.lavanguardia.com/cultura/20201025/484277484876/palau-robert-feminismo-natza-farre-fenomeno-exito.html
  • https://www.elnacional.cat/es/cultura/clamor-contra-el-machismo-con-la-exposicion-feminista-tenias-que-ser_544737_102.html