Atlanta saison 3 : « Get your money, black man »
Démarrée en 2016 et après 2 premières saisons acclamées par la critique, la série de Donald Glover alias Childish Gambino nous revient pour une troisième saison. Nous suivons toujours les aventures de Earl (Donald Glover), Al (Brian Tyree Henry) et Darius (Lakeith Stanfield) mais dans un tout autre contexte. Fini le canapé miteux et les deals foireux, Paper Boi est désormais une figure incontournable de la scène rap mondiale et brûle les planches lors d’une tournée européenne.

« All about that paper, boy »
Après avoir percé sur le petit et le grand écran tout en secouant la scène musicale, Donald Glover se campe en réalisateur et scénariste d’Atlanta. Une œuvre que l’on peut percevoir comme plus personnelle encore que toutes les précédentes. Il y campe le rôle d’Earl, jeune génie ayant abandonné la fac pour devenir manager de son cousin alias Paper Boi. Flottent autour de ces deux personnages le lunaire Darius et Van (Zazie Beetz), l’amie d’Earl. Après avoir brillamment dépeint les aléas de la communauté afro-américaine dans la banlieue d’Atlanta, Glover se questionne sur les conséquences du succès pour un homme noir. Loin de nous servir du réchauffé, parfois avec humour et souvent avec sérieux, la saison 3 aborde des sujets très actuels tels que la justice sociale, les entreprises qui font des personnes de couleurs des faire-valoir pour se racheter une conscience médiatique, les stigmates de l’esclavage dans une Amérique qui tente de négocier son passé, ou encore les questions plus larges d’identité et de communauté. Mention spécial à l’épisode Trini 2 de bone qui nous campe un jeune fils blanc de famille aisée, complétement acculturé par sa nourrice trinidadienne aux mœurs de l’île.

Véritable ébullition créative, la série est avant tout nourrie par une écriture inventive et acerbe. Le jeu est toujours juste, qui plus est campé par des comédiens et comédiennes que l’on ne présente plus comme Zazie Beetz révéle par la série, entre temps à l’affiche de Deadpool 2 ou du Joker. On remarquera évidement l’imprévisible Darius, incarné par Lakeith Stanfield que l’on retrouve dans l’excellent Sorry to bother you de Boots Riley, dont les répliques et la conception du monde en font un personnage aussi dôle que délicieusement méta : « J’aimerai pouvoir dire que je suis heureux de vous rencontrer, mais je ne crois pas au temps en tant que concept. ».
La réalisation quant à elle est toujours aussi esthétique et juste. Glover à le bon goût de laisser la main sur la plupart des épisodes à Hiro Murai, qui peut se targuer d’avoir réaliser un film avec Glover et Rihanna à l’affiche, Guava island. Il est également à noter qu’il a réalisé le fameux clip de This is America.
De The wire à Oz, Glover connaît ses classiques et s’en inspire pour créer sa propre vision d’une société américaine presque étrangère à elle même, et régalera les fans de multiples références cachées.

Drôle au bon moment, acerbe la plupart du temps et toujours intelligente, la série de Donald Glover s’illustre avec une troisième saison qui s’insère parfaitement dans la continuité des deux autres, tout en se démarquant avec une identité propre tout à fait bienvenue.
