aSH : Quand la culture hindoue prend forme au travers de la danse
Du 4 au 14 décembre 2019, le Théâtre de la Cité à Toulouse proposait de découvrir aSH, un intrigant spectacle. Cette représentation d’une heure propose un duo inédit entre un percussionniste, Loïc Schild et une danseuse, Shantala Shivalingappa. Ce spectacle, mêlant musique, danse, théâtre et art visuel a fait l’unanimité auprès des spectateurs.
Aurélien Bory, scénographe et metteur en scène, a imaginé il y a 11 ans maintenant, la réalisation d’une trilogie de portraits de femmes, mettant en avant leur vécu et leur histoire : Questcequetudeviens? en 2008 avec Stéphanie Fuster, Plexus en 2012 avec Kaorl Ito et aSH en 2018 avec Shantala Shivalingappa. Aurélien Bory, directeur artistique de la Compagnie 111 a créé aSH au festival Montpellier Danse en juin 2018, où il a proposé à Shantala Shivalingappa de construire sa danse sur la figure du dieu Shiva « dont la vibration, rythme la manifestation du monde ».
Affichant complet presque tous les soirs, je m’y suis rendue le vendredi 6 décembre. Le spectacle a lieu dans une petite salle du Théâtre de la Cité, le Cub. A notre arrivée, on nous distribue à chacun un résumé du spectacle, rappelant le lien avec Shiva, dieu de la danse, créateur et destructeur.
Le spectacle commence. La salle est plongée dans un noir profond, une lumière orange venant du haut de la scène, éclaire peu à peu un percussionniste jouant de ses instruments. Puis, la scène s’éclaire. La danseuse apparaît dos au public, face à un grand mur métallique ornée d’une grande bâche de papier kraft noire, où des formes géométriques dansent, rythmées par le claquement de la bâche sur le mur ainsi que par les percussions. La scène, à hauteur du sol, propose directement une relation immersive et intimiste entre les artistes et le spectateur. La scène est ainsi construite : à gauche, le percussionniste avec ses instruments, au centre, la danseuse devant le mur métallique, et à droite, un élément qui ressemble à un grand pinceau, attaché par un câble, une table et une chaise.

Le décor est très sobre, les costumes aussi. Ce qui est assez paradoxal, par rapport à la puissance qui émane de ce spectacle. Le seul élément qui fait vivre le décor, ce sont les lumières. Des jeux d’orgue sont présents tout au long de la représentation, avec des effets de contre-plongée et contre-jour qui accentuent le relief et la profondeur. Ces jeux d’ombre et de lumière avec les corps en mouvement donnent à voir des scènes très différentes, pourtant avec les mêmes éléments de plateau.
L’élément le plus imposant de la scénographie, c’est bien évidemment le mur électromagnétique qui est au cœur de la représentation, car il est très imposant, autant visuellement que à l’écoute. Le socle de la dramaturgie d’Aurélien Bory, c’est d’utiliser des machineries pour ses spectacles. Ici, le mur émet des ondes qui font bouger, danser et vivre la bâche. Shantala ne se laisse pas impressionner face à ce dispositif, et elle arrive à s’imposer et à se mêler à cette machine, pour ne former plus qu’un. Le dispositif ne vient que nourrir son travail, et les deux lient une relation particulière, harmonieuse, comme s’ils dansaient ensemble.
J’aborde le théâtre comme un art de l’espace, et j’essaie toujours de faire danser l’espace. Là, il s’agit un peu de l’espace intérieur d’une personne
Interview d’Aurélien Bory, pour la scène nationale de Châteauroux
Shantala Shivalingappa danse le Kuchipudi, une danse indienne très vivante et fluide, où la musique, la danse et le rythme sont travaillés de manière indissociable et forment un tout, ou chaque élément existe en relation à l’autre.
Shiva se recouvre le corps de cendre, qui représente un processus de vie et de mort. La danseuse s’empare d’un grand pinceau pour tracer au sol un labyrinthe de cercles, sur lequel elle va venir saupoudrer de la cendre. Son corps va devenir un véritable outil d’art plastique : elle va, à l’aide de ses pieds et par la danse, dessiner au sol des rosaces, des ronds parfaitement circulaires, des fleurs ciselées… La bâche est ensuite tendue à la verticale, proposant de découvrir un véritable tableau vivant, où la cendre tombe et vole dans les airs. Une symbiose semble exister, la danseuse donne ses dernières forces et toute sa volonté pour faire vivre cette cendre, toujours accompagnée des fracas et vibrations des percussions. La bâche finie par tomber sur la danseuse, comme pour marquer la fin d’une lutte.

© Aglaé Bory 
© Aglaé Bory 
© Aglaé Bory

Shantala Shivalingappa, avec un décor très « pauvre », a réussi à s’approprier l’espace et à le faire vivre, avec l’aide de Loïc Schild et des lumières. Toute une culture émane de ce spectacle. Shantala incarne les mathématiques, elle incarne le kolam (signe de bienvenue en Inde, motif d’inspiration géométrique tracé à même le sol), elle incarne la vie, la mort, la réincarnation, elle incarne la culture hindoue.
A la simple lecture du résumé du spectacle, il est facile de comprendre rapidement l’histoire et le message véhiculé. Au-delà du contexte général, ce spectacle propose une réelle expérience sensorielle, très intrigante. A en voir l’engouement général à la fin, ce spectacle semble être une réussite, Shantala Shivalingappa a conquis tout le monde. C’est donc avec une grande émotion que le spectacle se termine. Acclamés par le public qui ne s’arrête plus d’applaudir, on a pu ressentir l’émotion de la danseuse, comme si elle venait de vivre une expérience démesurée, ainsi que l’émotion d’Aurélien Bory, reconnaissant de voir son travail valorisé et apprécié.
