Romances inciertos, un autre Orlando : un spectacle à la croisée des disciplines requestionnant l’histoire
Cet article n’est pas moins un article qui parle d’un spectacle musical, dansé et chanté, qu’un article qui parle de ma première expérience en tant que spectatrice au théâtre.
C’est avec un peu de retenue que je me rends au Théâtre de la Cité, un lieu plutôt spatieux, où de vives lumières viennent se poser sur les lignes franches de l’architecture.
Il est 19h et la pièce démarre à 19h30. Je ne sais pas trop où me diriger, à différents endroits il est écrit « pair » et « impair » et je ne sais que faire de ces indications. Ce n’est que quelques minutes plus tard qu’un homme tout vêtu de bleu fait son apparition en agitant une cloche et en clamant : « Pour le 14 juillet ». Tout cela me rend perplexe, je me demande si cet appel percussif est un point commun à tous les théâtres de France. Une seconde cloche retentit, c’est une femme cette fois-ci qui scande « Romances inciertos ». Je comprends alors que je dois suivre le mouvement des personnes qui se déplacent vers « La Salle ». Après plusieurs allées et venues à travers les rangées je trouve enfin la place qui m’a été attribuée, je m’assoie, les lumières s’éteignent et le – vrai – spectacle commence.

Crédits photographiques : Nino Laisné
Romances Inciertos, un autre Orlando est un spectacle qui fait appel à la musique, au chant, à la danse et au théâtre. Ce sont donc trois actes, trois histoires, qui nous transportent à des époques et à des lieux différents, tout cela avec un même décor et un même style de musique : la musique traditionnelle espagnole.
C’est un vrai travail de reconstitution historique que Nino Laisné (concepteur, metteur en scène et directeur musical) et François Chaignaud (chorégraphe, danseur et chanteur) ont mené afin de nous livrer leur interprétation.
François Chaignaud performe plusieurs personnages de manière remarquable : il passe d’une voix grave à une voix aiguë et il se confronte à des costumes qui mettent en péril son équilibre. Il commence à danser pieds nus, ensuite sur des échasses avant de passer sur des pointes pour finalement incarner le dernier personnage en portant des talons aiguilles.
Les musiciens qui l’accompagnent semblent aux aussi incarner leur personnage. Ils jouent tout le long de la pièce, avec mais aussi sans la présence du danseur : entre les actes et leur musique devient un moment à part entière plus qu’un interlude entre deux épisodes. Leur musique est intense, leur geste maîtrisé et leur regard attentif aux mouvements du danseur.

Crédits photographiques : @charles_a_pictures (Instagram)
Mon avis :
Il s’agit d’une pièce qui questionne les codes du spectacle vivant, ce qui a été un peu déroutant pour moi qui n’étais jamais allée au théâtre. Je trouve cependant qu’un espace a été laissé au public afin qu’il puisse être libre d’interpréter ce qu’elle/il voit. Romances inciertos, un autre Orlando est selon moi une belle manière de redonner aujourd’hui du sens et de la vie à des styles que je pensais oubliés.
Ce spectacle est devenu pour moi un moment permettant de me connecter à des racines communes mais aussi à des questionnements intimes sur le genre et sur l’identité.
▶ Pour voir ou revoir le spectacle :
Captation vidéo du spectacle prise au Théâtre de Chaillot à Paris les 20 et 21 décembre 2018
Crédits photographiques : Jose Caldeira, Nino Laisné et @charles_a_pictures (Instagram)
